Manifestes

Manifeste expressionniste général (2008)

Nous voyons dans le fonctionnalisme le réemploi d’un hangar dévolu hier au recyclage des huiles de vidanges et consacré avant-hier à l’équarrissage des animaux et à la vivisection de nos semblables et célébrés aujourd’hui comme des lieux de vie créatifs et tellement « modernes ». Ce n’est que prostitution bien-pensante, consensus mou et bagatelle éthérée. Nous voulons des couleurs vives, des formes assumées, la résistance de la matière, un langage imagé, l’hyperbole en lieu et place des euphémismes et surtout l’expression profonde et caractéristique.

Nous récusons toute forme de « neutralité », de « fin de l’histoire », d’individu en soi et de civilisation absolue.

Nous refusons au globish toute légitimité, car il n’y a pas de culture et de langue véhiculaires, il n’y a que des particularismes vernaculaires expansionnistes.

Nous désavouons toute forme de choix par défaut, y compris celui d'un expressionnisme subi.

Comme nos cousins futuristes, nous assumons la morale guerrière et proclamons à la face de l’univers immobile en apparence, mais en apparence seulement, le primat de l’instinct et le bénéfice de l’urgence.

À l’échelle de l’apocalypse, nous soutenons les nihilistes actifs, c'est-à-dire ceux qui n’ont rien à perdre. Nous les enjoignons à déverser sans retenue dans les eaux de Saturne leurs églogues assassines pour qu’on ne les oublie pas.

À la différence de nos cousins futuristes, nous croyons en l’inépuisable pouvoir subversif de la mémoire.

Face aux rangs helvètes, toujours plus nombreux mais toujours plus anonymes, nous nous armons de guilloches, de filets, de culs-de-lampes pour disperser ces jivaros inconséquents.

La réalité manifeste (2008-2011)

  1. Apportez-moi une planche à desseins pour mon œuvre au noir.
  2. L’art n’est pas en dehors de la réalité mais dans la réalité.
  3. Votez pour un politicien, non en fonction de son programme, mais selon son maniement de la Realpolitik, sa connaissance de l’achat-vote, son expérience des voix ferrées.
  4. Ne sous-estimez pas le pouvoir des langues vernaculaires. Qui parle vraiment anglais ?
  5. Les statistiques sont omniprésentes au point de prendre des allures sociologiques.
  6. La psychologie est un phénomène d’ordre financier.
  7. Personne ne veut sauver le monde.
  8. Abolir humanisme et humanitaire. Les remplacer par leur pré-requis : l’humanité.
  9. Il n’y a pas de surhomme.
  10. L’égalité des ego serait chose bien singulière.
  11. La liberté n’existe que si l’on s’en sert.
  12. Avis aux lucioles : les lumières de la ville sont des guides calamiteux.
  13. La beauté n’existe pas, ou à peine, sous la forme d’insignifiants vestiges. La laideur, en revanche, persiste.
  14. Le monde ne se réduit heureusement pas à la perfection.
  15. Perfection : peut mieux faire.
  16. In video veritas.
  17. Le savoir, sans faire, s’enferre.
  18. Le luxe est une escroquerie.
  19. Là où il y a communication, il y a consigne et, au moment du slogan, l’homme de la rue abdique.
  20. Il est indécent, mais vital, de promouvoir.

manifeste pour un art inconditionnel (janvier 2011)

pas un opus qui vive et les hommes sont tous morts enfouis sous des gravas de contigences occis par des guerres modales

vivre libre ou mourir

est art ce qui vit composition musique peinture images en mouvement

clavardages whatever

les artistes sont des personnages de roman

le style est un palimpseste

art ni pour les autres ni pour soi art

ni argent ni public ni commerce la seule expression suffit

tout art est inutile quand la faim vous ronge

ni statut ni statue et tous les crachas du monde pour les servitudes volontaires

normes abolies

action

Manifeste post-typographique (mai 2011)

Déjà Max donnait de la Vox pour clamer l’universalité de la typographie. Excoffon interpellait l’homme de la rue et insufflait dans ses bronches encrassées un Mistral salutaire. Le fougueux Boltana mettait les machines au diapason du génie de la main. L’infatigable Blanchard réinventait la carte du tendre où se mêlaient en infinis entrelacs signes, sons et sens.

Nous, VTF, rejetons intrépides de la génération Postscript, nous poursuivons, à la vitesse de l’électron, cet illustre cortège. Tel Spartacus, nous libérons les caractères du joug des règlements iniques et des conventions arbitraires ; tel Ben Hur sur un char gigantesque, nous accueillons amazones et auriges du script et, tous formidables, armés de hallebardes-bic et d’arbalètes à casseaux, coiffés d’un feutre à plumes de Bézier, nous défions sans plus tarder l’époque aguicheuse et palimpseste.

manifeste pour une société sans casse (août 2011)

la révolte des caractères est déjà loin et partout retentit le vacarme assourdissant des propagandes particulières, cependant que bruissent clandestines les conversations essentielles, comme si la vanité devrait couvrir de ses oripeaux racoleurs le fond des choses.

la gloire de ces lauriers tapageurs est un marécage qui nous piège sans préavis. égarés tels des narcisses sans prestige, nous plongeons dans notre reflet et nous découvrons, amers, et l’abîme et son vertige.

nous maudissons le ciel de saturne et la mauvaise astérisque qui nous a vu naître.

hélas, la reconnaissance des caractères est laissée à l’inconscience des machines et les accolades ne sont que des parenthèses un peu plus élaborées.

de chaque côté du cadratin, artiste ou lecteur, glyphe ou bonhomme, de sanguinis, d’encre ou de lumière, nous sommes tous sur scène, en lice sur la ligne de base, et nous jouons, avec agrément ou sans trop de déplaisir, le script de notre vie qui se lit, se compose et se réécrit au rythme du cours impromptu de nos existences.

Manifeste post-réaliste (novembre 2011)

  1. Déjouer la cupidité du chasseur de prime
  2. Vaincre le courage conventionné du mercenaire
  3. Épuiser la Grande Armée
  4. Terrasser la montagne des imbéciles
  5. Décapiter les hydres de papier
  6. Soumettre l’intempérance des nigauds et des pauvres diables à la vindicte de la bienveillante liesse populaire
  7. Assassiner la misère
  8. Démasquer la mauvaise fortune
  9. Pulvériser la cité des remontrances
  10. Anéantir l’ordinaire

Manifeste de la nouvelle Vogue (décembre 2011)

Désormais le Micro est plutôt soft.

C’est ailleurs, dans un nouvel Eden, que l’Apple des Hespérides et des espérances fait et défait les modes d’hier qui sont aussi celles de demain.

On Adobe et on adoube les designers du monde entier, ou presque.

Dans ce gigantesque pince-face, on se book et on se surbooke à qui mieux mieux. Les BlackBerry ont remplacé les Cranberries. On glousse, on glougloute au doux clapotis de Google : les borborigmes sont à nos portes.

Voyez ces gladiateurs et ces amazon twitter à Saint-Tropez, à Paris et où vous voudrez, pourvu qu’il y ait des Vogue sur lesquelles surfer.

Microsoft, Apple, Adobe, Facebook, BlackBerry, Google, Amazon, Twitter et Vogue sont des marques déposées appartenant à leurs propriétaires respectifs.

    auteur frank adebiaye décembre 2011 licence creative attribution partage à l’identique utilisation non commerciale à moins de demander gentilement et de payer la facture de l’imprimeur ce qui semble être une définition communément admise de l’activité d’éditeur